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Konna 2003A la rencontre des écoliers de Konna au MaliRécapitulatif succinct des actions de l’association SisanCarnet de routeA la rencontre des écoliers de Konna au Mali Apport de fournitures scolaires par la route et poursuite de l’échange
de courriers entre des élèves maliens
Nous arrivons dans la capitale malienne le 10 août, après 5 semaines de route. Nous n’avons pas le temps de faire du tourisme car nous prévoyons de rejoindre Konna le 15. Entre temps il nous faut nous procurer les fournitures, mettre en place le bureau de l’association à Bamako et établir les contacts (l’école de N’Tominkorobougou, la faculté des Lettres, l’association des femmes de Badialan 1, etc).
Nous disposons d’un bon de commande de fournitures et livres scolaires
établi par les professeurs de Konna. Nous en achetons pour 500 euros,
essentiellement des cahiers et du matériel de première nécessité.
Nous n’avons pas encore eu de contacts directs avec Konna, c’est
pourquoi nous voulons apporter notre aide de façon très progressive
afin d’établir des relations sérieuses. Nous faisons la connaissance du personnel enseignant de l’école de N’Tominkorobougou, dans le quartier jouxtant Badialan 1, où logent les Diakité. L’échange de courrier avec les 5°2 du collège Victor Hugo est déjà en place, nous apportons leurs lettres. Au cours d’une longue discussion concernant les (faibles) moyens de l’école, nous découvrons les difficiles conditions de travail ainsi qu’un aperçu des programmes enseignés. Le 14 août, réunion Sisan à Bamako. Dans la cour des Diakité se réunissent pour la première fois en Afrique les membres français et africains de Sisan. A l’ordre du jour : compte-rendu du travail réalisé, appel à cotisations, désignation du bureau de Sisan à Bamako, projets futurs. Une vingtaine de personnes sont présentes, les Diakité, les Tanably, les français, les femmes du quartier ainsi que des voisins intéressés. La rencontre avec M. Soumeïla Sanogo, directeur du bureau d’histoire contemporaine à la Faculté des Lettres, des Arts et des Sciences Humaines de Bamako est très instructive. Il passe en revue la faculté, ses filières, ses enseignements et ces centres de recherches. En relation avec Paris VII, la faculté n’a pu attirer que 2 étudiants français cette année et en envoyer autant à Paris. A l’évidence, il y a de gros progrès à entreprendre de ce côté-ci. Moctar Diakité nous fait visiter l’Institut National des Arts de Bamako. Avant tout il faut oublier nos références parisiennes dans ce domaine. L’institut est très modeste, le budget de la culture dans un pays pauvre n’ayant rien de commun avec les fortunes dépensées en France dans le même secteur. Ici est formée une vingtaine de personnes par promotion dans les filières suivantes : animation socio-culturelle, musique, art dramatique, arts plastiques, métiers d’art (menuiserie, ferronnerie, maroquinerie). La bibliothèque ne compte qu’une centaine d’ouvrages jaunis
et peu attrayants. Le stock d’instruments de musique se limite à
deux guitares, deux koras, deux balafons et un orgue électronique. Sachant
que le Mali est très " riche " culturellement, il apparaît
évident que la transmission de la culture et des enseignements artistiques
n’appartient pas à l’Etat, compte tenu de ses difficultés
mais repose principalement sur la sphère familiale et privée.
interrompent tôt leur scolarisation. Maintenant que nous sommes au contact de la réalité malienne, il n’est pas inutile de rappeler quelques statistiques comparées entre la France et le Mali. L’urgence d’une action en faveur des pays pauvres apparaît immédiatement en même temps que l’ampleur de la tâche.
Arrivé à Konna le 18 août, nous sommes accueillis par le
sous-préfet M. Olivier Traoré, le maire M. Diallo, le directeur
du second cycle M. Amadou Guindo, les directeurs du premier cycle MM. Yaya Traoré
et Abdoulaye Sankaré.
-1500 cahiers, -1000 crayons de papier, -13 boites de craie, -du matériel pédagogique pour les professeurs, (cf. facture en annexe).
Ses membres sont les enfants du village qui poursuivent leurs études dans les grandes villes du pays : Sikasso, Sévaré, Gao, Bamako. Rassemblés tous les étés, ils organisent des activités pour les jeunes ainsi que des pièces de théatre de sensibilisation (respect de l’environnement, scolarisation). Nous sommes partenaires de leurs projets.
A la mairie, les représentantes de l’association des femmes, le maire, le sous-préfet, les trois directeurs de l’école ainsi que le bibliothécaire discutent avec nous des modalités de ce bureau. Une dizaine de personnes sont nommées responsables des fournitures apportées. Les autorités apportent un grand soin dans la représentation fidèle du village dans le bureau de Sisan, ainsi sont membres deux femmes, le personnel de l’école, deux élèves, deux étudiants, deux parents d’élèves.
Au collège Victor Hugo, nous poursuivons l’échange entre les 5°2 et les enfants de N’Tominkorobougou à Bamako. Nous mettons en place l’échange de courrier entre les 5°6 et 8 et les enfants de Konna. Les professeurs participent au travail et l’intègrent dans leur cours. Du 17 au 22 novembre, dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale, l’association Sisan met en place au collège Victor Hugo une exposition pédagogique sur le Mali et la solidarité. Autour de photographies, cartes, instruments de musique et divers objet d’art, un petit itinéraire de découverte est proposé aux élèves. Des panneaux présentent les données géographiques et culturelles du Mali et de l’Afrique de l’Ouest et interrogent les élèves sur des questions de leur programme. Dans la semaine du 22 Septembre, Sisan participait à la semaine d’accueil des étudiants, organisée par l’Université de Fanche-Comté, sur l’esplanade des droits de l’homme. Nous avons présenté notre action de cet été.
A Bamako : En Septembre 2003, le président de l'association, Sébastien Répécaud, s'est rendu 15 jours au Mali en avion. Accueilli par Moctar Diakité et Oumou Berthé, Sebastien a pu de nouveau acheter 120 Livres d'édition malienne (Pages Africaines Vol1,2 et 3), et divers petits matériels scolaires. Un microphone, demandé par les étudiants de l'AEERCK, amené de France par Sisan, complétait l'envoi. Le colis a été expédié à Konna par l'entremise de citoyen de Konna en visite à Bamako. Nous avons eu confirmation de la bonne réception de ce colis par Mr Guindo. Sébastien a eu l'honneur de rencontrer Mr le Ministre de de la Culture du Mali, M. Cheik Oumar Cissoko, au cours d'un entretien au Ministère, pour une présentation du cinéma africain et malien. Enfin, Sebastien a participé à l'organisation d'un spectacle
avec la troupe Tanably au Centre Culturel Français de Bamako.
Poursuite de l’échange de courriers entre Victor Hugo et le Mali, 3 classes, 75 élèves français concernés. Nous voulons organiser à Besançon des projections en plein air de films Africains en invitant les associations partenaires.
Récapitulatif succinct des actions de l’association Sisan
Directeur Premier cycle A : Yaya
Traoré
L’école est composée de 3 bâtiments en U
, dont un récent financé par le Japon. Les salles de
cours, la bibliothèque et le bureau du directeur forment une
grande cour avec quelques arbres. Une pompe à eau hors-service
et un bloc sanitaire africain apportent un confort minimal. L’école
est située à l’entrée à droite de la
commune depuis le goudron (‘la route’ en françaifricain,
NDT). La commune de Konna couvre un cercle d’environ 25 Km de
diamètre, pour une population d’environ 30 000 habitants.
Autour de la bourgade principale (8000 habitants), existent d’autres
écoles, plus petites et nettement plus démunies,
réparties dans les villages de brousse. L’essentiel de l’activité est agricole. Même
les professeurs sont cultivateurs de riz ! Tous les travaux sont réalisés manuellement.
L’utilisation d’engrais chimiques et organiques est
pratiquée. Plusieurs ethnies cohabitent dans cet espace. Les Peuls, largement
majoritaires, cotoîent les pêcheurs Bozos, les nomades
Tamatheck, les Dogons, les Somono, les Songhaï, les Bambara. La
langue de communication usuelle est le Peul. On y parle facilement
français, plus rarement anglais. L’Islam est la religion majoritaire ; les coutumes et les traditions comptent beaucoup au Mali. La morale est ‘complexe’ mais en tant que touriste on s’y sent très vite à l’aise. L’hospitalité malienne est vraiment exceptionnelle, et nous avons étés accueillis très cordialement par tous.
Carnet de RouteBESANCON – BAMAKO – KONNA
6 JUILLET – 10 AOUT– 28 AOUT 2003
La route du 6 juillet au 10 août
A Bénicassim en Espagne, nous nous accordons une petite pause balnéaire
de 24 h. De là nous roulons pendant 22 h pour arriver à Chefchaouen.
Cette fois la route africaine a débuté !
L’enclave espagnole se limite à la ville de Ceuta. Zone détaxée, on imagine très vite qu’elle est le lieu de tous les trafics. La ville est sale, et l’ambiance somme toute détestable. C’est une douche froide pour notre arrivée en Afrique. Mais y sommes-nous vraiment ? Non, car il reste à passer la frontière, point névralgique entre l’Afrique et l’Europe. Toujours dans le brouillard, nous passons patiemment les larges grilles et nous attendons que les douaniers s’intéressent à nous. Nous ne voulons pas hâter les choses, ainsi nous avons tout le temps d’observer la fourmilière. La douane est entièrement entourée d’un haut grillage. Sur les collines qui la bordent, des gens semblent courir. Des promeneurs ? Des clandestins qui tentent leur chance, pensant que le brouillard sera un allié suffisant. Ici ce sont bien les portes de Babylone ! On pense à la chanson de Manu Chao : Perdido en el corrazon de la grande Babylone…. No papel… Il est clair qu’ici se jouent des drames chaque jour…
Parti à 3 dans le camion (Sas, Simon, J-R), nous rejoignons Olivier à Tétouan, puis Brice à Casablanca pour une étape importante. Il nous faut obtenir les visas pour la Mauritanie et ajouter des lames d’amortisseurs au camion. Les formalités administratives rapidement réglées, nous nous lançons à la recherche des pièces dans la casse géante de Casa ( prononcer " la ferraille "). Dans cet univers impressionnant et sous la chaleur, Olivier, notre mécano, gère d’une main de maître l’achat, et la découpe des lames d’amortisseurs. Et c’est sur la plage à quelques km de Casablanca que nous équipons le camion.
Samedi 19 juillet arrivée à Dakhla : la dernière ville marocaine. Nous allons au camping afin de bien nous préparer. Nous faisons les pleins (eau 200 l., essence 150 l, nourriture 20kg de légumes). Après le dernier check-up du camion, nous cherchons des compagnons de route. Nous sommes à 377 km de la fin du goudron mais nous sommes déjà impatients de connaître les gens (et les véhicules) qui feront la route avec nous. Se préparent à partir, Duncan, l’Anglais, avec sa moto BMW, un couple d’instituteurs avec un 4X4, une bande de 505 et un C25 familial avec un nombre incalculable de passagers.
Le premier douanier, bien que perdu dans un univers désolé, n’a pas perdu son sens de l’humour. Nous voyant tous étudiant, il demande à chacun, d’un air sévère : " Vous passez en classe supérieure ? " Condition aussi importante à ses yeux que la validité de notre visa ! Nous laissons les femmes s’entendre avec les douaniers, la nuit tombe, nous devons monter le campement. Chaque jour les petits instants forts, " les sketchs ", se succèdent,
arrivant quand on les attend le moins. Exemple, nous avons eu à peine
le temps de décharger les bagages de nos auto-stoppeuses, qu’elles
déclenchent une bagarre avec un quidam à propos d’un paquet
de cigarettes acheté à crédit. Les insultes et les coups
pleuvent, les deux gamines hurlent et tout le monde intervient pour les séparer.
Whaouh ! Elle est rock’n roll la maman !
Sheyran nous réveille à 6 h du matin, il parle fort : " Allez debout les Français. Vous savez conduire sur le goudron mais pas sur le sable. Il faut partir tôt, aujourd’hui vous allez chier du goudron ! " Sas est au volant, nous faisons deux sauts extraordinaires, nous avons cassé les deux suspensions arrières. Les bancs de sablent de plusieurs centaines de m de long s’alternent avec les petits morceaux de dur on l’on peut reprendre de l’élan. Le C25 et le 207 s’ensablent chacun à leur tour. On change les amortisseurs avec les anciens. Tout le monde est au top et au moindre signe de ralentissement, nous sommes
prêts à sauter en route. Une fois ensablé, chacun à
son poste : sortir les plaques, creuser sous les roues. On dirait l’arrêt
au stand d’une formule 1. Entre 11h et 14h, c’est activité
pelle pour tous, quasiment sans pause. A 16h nous arrivons à Arkeis. Le village de pêcheurs sera notre halte. Nous profitons pleinement de la plage en cette fin d’après midi avec nos vélos (quelle bonne idée). Une touriste sort son cerf-volant et c’est un défilé de dragueurs essayant de jouer les gros bras avec ce cerf-volant géant. Mais il y a beaucoup de vent et les gringalets s’envolent ! Les deux français en BX, apparemment allergiques au soleil vu qu’ils sont tartinés de crème solaire, ressortent sablés comme des Roudor ! Quand on a ni plume ni goudron, on trouve autre chose. Les guides essayent de nous louer la tente mauritanienne pour 10 euros ! Une fortune ! Nous refusons et nous laissons Laurent, le propriétaire du C25, négocier avec Abdallahi. En admirant le coucher de soleil, nous préparons le repas. Le village est juste derrière une petite dune. En vélo, j’y suis en deux minutes. Le tajine aux légumes, c’est très bon, mais agrémenté d’un poisson cela sera parfait pour nous remettre de nos efforts. J’essaie en vain de faire comprendre aux enfants du village que j’aimerai échanger un poisson contre un jerricane. Finalement ils refusent mon bidon et me donnent deux beaux morceaux de poissons. Je repasse au village avec un ballon de foot, et là, tout le monde comprend.
23 juillet, certains disent que cette date à valeur symbolique ? ! ? ? Le départ prévu à 8h est repoussé. Oliv intervient
sur le C25, il y a de l’eau dans le réservoir ! Comment est-ce
arrivé ? Peu importe, il improvise un réservoir de secours avec
un bidon ( merci à la pharmacie Simonin à Besançon de la
part de Laurent ). Sidi Ahmed nous explique que nous arrivons dans le passage
le plus difficile, il y a trois dunes à traverser. Cela fait, nous serons
sortis du désert car arrivés sur la plage. Il se fait du souci.
On passe le village de Tan Illoul puis on attaque la première dune, assez
plate et très longue en faux plat. On s’ensable plusieurs fois,
le sol est très meuble, le camion s’enfonce profondément.
Après 2, 3 ensablements bien galère, on sort de la première
dune. On se repose à l’ombre d’un acacia, il y fait presque
frais. Pour passer la deuxième dune, nous laissons le volant à
Abdallahi, tandis que le C25 est conduit par Sheyran. A 14 h, le 207 s’enfonce
d’un seul coup dans un ventre de sable mou. En panne de démarreur
depuis le matin ,nous devons garder le moteur en marche coûte que coûte.
Cette fois le camion est bien planté ! On n’imaginait pas ça.
Le C25 est à quelques dune derrière nous, il semble avoir des
soucis lui aussi. Nous mettons 6 h à sortir le camion de sa tombe ! Le
C25, lui, n’ira pas plus loin, embrayage cassé. Les guides ont
proposé un dépannage du C25 à hauteur de 1500 Euros. C’était
sans doute négociable mais Laurent, découragé, abandonne
son camion et se contente du rapatriement de sa famille avec Sheyran et son
4X4. Nous avons trouvé une plaque de dur où laisser le camion
pour la nuit, c’est tout pour aujourd’hui, un tajine aux légumes
et au lit ! Celle-ci se présente immédiatement devant nous. Assez longue, avec une pente plus importante que les 2 précédentes, elle est parsemée d’arbustes et de touffes d’herbes. C’est bon signe. Nous enchaînons les virages afin de ne pas perdre trop d’élan et le 207 monte aisément la 3ème dune ! Une dernière assistance à Duncan avec notre batterie de secours, la sienne est en rade depuis le début du désert, encore un ensablement et nous arrivons à Nouamghar, le village ou débute la piste sur la plage. En résumé on peut dire que nous avons sauvé Duncan lors de sa traversée du désert, car sans batterie et sans notre soutien, aide et traduction, il n’y serait sûrement pas parvenu. Réciproquement, nos multiples crevaisons ne nous laissaient aucune chance de finir la route, s’il n’y avait eu Duncan et sa petite boite de rustines ! Thank you lad ! Nouamghar, la plage. Vendredi 25 juillet. A Nouamghar, nous retrouvons Laurent, dépité. D’autant plus quand nous lui apprenons que son C25 est déjà au village. La marée basse débute à 11 h, mais les coefficients sont faibles alors l’aventure n’est pas terminée. En route sur la plage, en slalomant au creux des vagues. Plus que jamais nous nous réjouissons d’être à cet endroit magnifique qu’est le mince chemin entre deux déserts. Le plus grand désert terrestre, le Sahara, et un " désert " d’eau et de sel, aussi majestueux qu’hostile. Le haut de la plage est impraticable car le sable y est trop meuble. Parfois des blocs de coquillages " soudés, entassés " forment des rochers qu’il nous faut contourner dans une gerbe d’eau, au plus creux de la vague. Mais cette fois, l’imposant bloc de coquillage ne peut-être contourné coté océan, la marée ne descendra pas assez. Nous devons monter sur le monticule, passer les ornières laissées par les autres véhicules puis redescendre assez violemment du rocher. Après toutes les difficultés du désert, c’est un réel plaisir que de sentir le camion se déplacer rapidement et enchaîner les km, avec toujours cette tension due à la précarité de la route. A 80 km de Nouakchott, nous quittons la plage au profit de la piste. Nous tombons sur le chantier pharaonique de la route Nouakchott-Nouadhibou. Quelle évolution le jour où elle sera terminée ! Arrivés à Nouakchott, nous réglons les derniers détails avec le guide. Conscient d’avoir vécu quelque chose de très fort ensemble, mais échaudés par leur comportement ambivalent, nos sentiments à l’égard des guides sont multiples ; amertume, reconnaissance, méfiance…
Carton rouge aux policiers qui nous ont tous et systématiquement tapé de l’argent ! Mais il y eut quand même quelques belles surprises…
Depuis Saint-Louis, nous sommes 7 dans le camion, avec Marylène et Jacqueline. Nous arrivons le 2 août à Kidira. Le fleuve Sénégal, marquant la frontière, sépare le village de Diboli, premier village malien. Nous avons rendez-vous à Kayes avec Moctar. Les personnes interrogées nous assurent tous que c’est le goudron qui relie Diboli à Kayes. Soit, mais après 2 km, c’est sur la tôle ondulée que nous roulons. Nous comprendrons plus tard qu’à chaque question fermée, appelant une réponse simple de type " oui ", nous l’avions. Exemple : - " Elles est facile la route pour Kayes ?
Pourquoi hésiter si c’est si simple ! Nous mettons 3 h pour faire les 100 km et nous usons un peu plus le camion sur la tôle ondulée défoncée. La piste est rouge, orange, le paysage superbe. Moctar nous attend à l’entrée de la ville et nous emmène
au camping de son ami, Diarra. Voilà, le décor est planté. Il y a 600 km entre Kayes et Bamako, mais aucune route n’est praticable en saison des pluies. A nous s’offre le choix de tenter la route, sachant que si l’on tombe dans la boue, le camion et sa cargaison seront définitivement perdus, ou bien d’attendre un hypothétique train à plateau où l’on poserai le camion. OK la route est galère mais qu’en est-il des trains ? Le chef de gare est sans doute le plus à même de nous parler de la situation des chemins de fer maliens : " Il y a un train qui arrive, mais nous ne savons pas ou il est, ni quand il arrivera. Et je ne sais pas s’il y a des plateaux pour votre véhicule. Revenez demain. " Finalement le 4 août au soir, l’équipage, unanime, opte pour la route. Et c’est reparti ! Mardi 5 août, nous roulons un temps sur le goudron puis sur une piste vallonnée. Les paysages sont inondés et ressemblent à des canyons recouverts d’une végétation abondante, Celle-ci, humide, brille sous le soleil d’un vert étincelant ! A 11 h, une pluie diluvienne s’abat sur nous et nous contraint à nous arrêter sur un petit monticule en cailloux. La piste ressemble à un ruisseau, il tombe des cordes pendant tout l’après-midi. Nous sommes 8 dans le camion à patienter. A l’évidence, il faudra attendre que cela sèche avant de repartir. Cette phrase sonne comme un principe de base entre Kayes et Bamako. En effet nous sommes sortis des circuits touristiques. Rares sont les toubab à s’aventurer par ici. Nous vivons la situation précaire et ordinaire du routier malien, qui pour voyager, est impérieusement soumis aux aléas du temps et de la route. Quand la pluie s’arrête, nous faisons connaissance avec les équipages des camions arrêtés à nos cotés. Les seuls véhicules que l’on croisera sont des 4X4 et des vieux camions de type Berliet. Nous partageons la bouillie de riz, et le thé en prenant des cours de bambara, de soninké et d’arabe. Le petit village de Sagué, à 100 m de notre halte, nous découvre par l’intermédiaire de ses enfants. S’ensuit un phénomène courant quand des étrangers se dévisagent sans pouvoir échanger quelques mots ; qu’on appellera " le chouffing ". Les enfants nous observent, rigolent de nous voir pris dans un guet-apens, nous nous amusons tout autant à les regarder. Nous sommes sereins. Autant dans le désert, il ne tenait qu’à nous de pouvoir nous déplacer, autant ici nous devons rester patient. La route est encore loin d’être praticable. Un camion a voulu trop tôt forcer un passage particulièrement humide. Il s’est déporté dans les ornières et tout son coté gauche est pris par la boue. Mercredi 6 août, le soleil darde ses rayons et fait miraculeusement sécher la piste. Plusieurs camions aident celui en mauvaise posture et la route est libérée. Nous sommes à 15 km de Sandaré. Oliv’, qui " connaît bien la boue " dit-il, nous conduit jusque là, examinant les passages hasardeux, et fonçant dans les flaques. Deux heures après, nous y sommes. Le maire de Sandaré se trouve être l’ancien instituteur de Moctar à Konna. Nous lui rendons une visite chaleureuse car nous sommes heureux de voir que petit à petit, nous arrivons à avancer sur la route de Bamako. Il nous reçoit dans la bibliothèque (sic) de l’école. C’est un local sombre, aux étagères pourvues plus de poussière que de livres. Nous commençons à entrevoir les difficultés du Mali en terme d’éducation. Nous reprenons la route. La piste, en latérite, est bien meilleure. Jeudi 7 août, en route pour Lakamané. Nous longeons le chantier qui depuis deux ans tente de créer le goudron entre Kayes et Bamako. Les Caterpillar et les grues aménagent les " oued " en installant des ponts en ciment. Le problème reste entier. Manquant cruellement de carrières, la route ne repose que sur de la terre. Sous l’effet de l’eau, elle finit toujours par être emportée à un endroit, les ponts y compris. Au bord d’un de ces ponts en construction, une déviation sommaire permet aux véhicules de traverser. Seulement cette fois, un camion s’est retourné en passant de nuit. Nous ne sommes pas les premiers à attendre et une longue file de camions se forme rapidement. Nous avons la journée devant nous ! Les troupeaux des Peuls poursuivent leur chemin, imperturbables, tandis que les hommes observent et commentent le nouveau chantier. La grue et le Caterpillar s’activent tranquillement. Ils sortent le camion, renforcent la déviation. Les camions passent un par un, sous les applaudissements de la foule. Arrivé à Diangouté Camara, un bourg Soninké, nous rencontrons l’instituteur. Très sympa, il nous fait visiter l’école. Ah, c’est pas facile d’être nommé en brousse. Les Soninké ne cultivent pas tous le luxe de l’école. Dépeints comme dynamiques, solidaires et aventuriers, ils n’en attendent rien. Les immigrés maliens en France sont très majoritairement Soninké. A quelques km du village, la route est coupée, emportée par les pluies.
Avant la nuit, la brèche est presque comblée grâce aux énormes pierres qui ont fini par arriver. Mais il manque encore un chargement au moins. Alors quand les ouvriers quittent le chantier en l’état, tous les hommes se mobilisent et décident de combler la brèche avec les moyens du bord. C’est incroyable mais au bout d’une heure d’intense labeur, le passage, quoique que aventureux, semble praticable. Le camion taxi-brousse s’y risque immédiatement et réussit, Tout le monde laisse exulter sa joie. C’est fou ce qu’une bande d’énervés peut réussir à faire. La nuit est tombée désormais, on remet une couche de cailloux et de morceaux de goudrons histoire de se rassurer puis on passe avec notre 207 ( ! ! !). Nous arrivons à Diéma avant la fermeture du maquis (bar), pour un rafraîchissement bien mérité ! Dimanche 10 août. Cette fois on voit le bout. De Diéma nous trouvons la piste en latérite, une terrible tôle ondulée mais qui nous laisse avancer. A Didiéni, victoire ! C’est le goudron ! Nous passons Kolokani, la ville de Rokya Troaré (liens vers album ou site). En fin de journée, à Badialan 1, tout la famille de Moctar est dans la rue pour nous accueillir. Ca y est, nous y sommes...
la suite prochainement . . .
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