Sisan !
association loi 1901

Konna 2003

A la rencontre des écoliers de Konna au Mali

Récapitulatif succinct des actions de l’association Sisan

Carnet de route

 

A la rencontre des écoliers de Konna au Mali

Apport de fournitures scolaires par la route et poursuite de l’échange de courriers entre des élèves maliens
(Bamako et Konna) et français (collège Victor Hugo, Besançon)



Les membres africains de SISAN, nos partenaires.

Oumou Berthé : comédienne professionnelle, nous l’avons rencontrée à Besançon en janvier 2002. Avec ses partenaires de Bamako elle est venue jouer Electre/Oreste de Sophocle et d’après Eschyle au CDN, un spectacle coproduit par les CDN d’Angers et de Besançon. Elle a joué dans La Genèse de Cheikh Oumar Cissoko, actuel ministre de la culture, et elle reste très connue au pays pour ses participations régulières à l’ORTM, la télévision nationale. Elle est présidente de l’Association des Femmes du quartier de Badialan 1.


Moctar Diakité : C’est le mari d’Oumou, il est professeur de musique à l’INA, l’institut national des arts de Bamako. En tant que promoteur de spectacles traditionnels, il est fondateur d’une association de promotion des artistes Peuls. Nous l’avons accueilli en septembre 2002 à Besançon pour son premier séjour en France. Cette année, il est venu à notre rencontre à Kayes, la grande ville de l’ouest du Mali, pour terminer la route à nos cotés.


La troupe Tanably : Originaires de Man en Côte d’Ivoire, les danseurs, percussionnistes et chanteurs de Tanably sont venus en juillet et août 2002 dans le cadre du jumelage entre la ville de Besançon et celle de Man. La tournée organisée par l’ARDECOD leur a permis d’enchaîner les spectacles à travers toute la Franche-Comté avant de remporter le 1er prix du festival des musiques traditionnelles de Port-sur-Saône. A leur retour chez eux, la guerre civile s’est abattue sur le pays. La ville de Man, enjeu de nombreux combats entre l’armée loyaliste et les rebelles, a vu fuir ses habitants vers Abidjan et les pays voisins. Les artistes de Tanably sont actuellement réfugiés à Bamako (cf. L’histoire de Tanably sur le site de Sisan) .


A Bamako :

Nous arrivons dans la capitale malienne le 10 août, après 5 semaines de route. Nous n’avons pas le temps de faire du tourisme car nous prévoyons de rejoindre Konna le 15. Entre temps il nous faut nous procurer les fournitures, mettre en place le bureau de l’association à Bamako et établir les contacts (l’école de N’Tominkorobougou, la faculté des Lettres, l’association des femmes de Badialan 1, etc).


Achat des fournitures pour Konna.

Nous disposons d’un bon de commande de fournitures et livres scolaires établi par les professeurs de Konna. Nous en achetons pour 500 euros, essentiellement des cahiers et du matériel de première nécessité. Nous n’avons pas encore eu de contacts directs avec Konna, c’est pourquoi nous voulons apporter notre aide de façon très progressive afin d’établir des relations sérieuses.

Découverte de l’école de N’Tominkorobougou.

Nous faisons la connaissance du personnel enseignant de l’école de N’Tominkorobougou, dans le quartier jouxtant Badialan 1, où logent les Diakité. L’échange de courrier avec les 5°2 du collège Victor Hugo est déjà en place, nous apportons leurs lettres. Au cours d’une longue discussion concernant les (faibles) moyens de l’école, nous découvrons les difficiles conditions de travail ainsi qu’un aperçu des programmes enseignés.

Le 14 août, réunion Sisan à Bamako.

Dans la cour des Diakité se réunissent pour la première fois en Afrique les membres français et africains de Sisan. A l’ordre du jour : compte-rendu du travail réalisé, appel à cotisations, désignation du bureau de Sisan à Bamako, projets futurs. Une vingtaine de personnes sont présentes, les Diakité, les Tanably, les français, les femmes du quartier ainsi que des voisins intéressés.

La rencontre avec M. Soumeïla Sanogo, directeur du bureau d’histoire contemporaine à la Faculté des Lettres, des Arts et des Sciences Humaines de Bamako est très instructive. Il passe en revue la faculté, ses filières, ses enseignements et ces centres de recherches. En relation avec Paris VII, la faculté n’a pu attirer que 2 étudiants français cette année et en envoyer autant à Paris. A l’évidence, il y a de gros progrès à entreprendre de ce côté-ci.

Moctar Diakité nous fait visiter l’Institut National des Arts de Bamako. Avant tout il faut oublier nos références parisiennes dans ce domaine. L’institut est très modeste, le budget de la culture dans un pays pauvre n’ayant rien de commun avec les fortunes dépensées en France dans le même secteur. Ici est formée une vingtaine de personnes par promotion dans les filières suivantes : animation socio-culturelle, musique, art dramatique, arts plastiques, métiers d’art (menuiserie, ferronnerie, maroquinerie).

La bibliothèque ne compte qu’une centaine d’ouvrages jaunis et peu attrayants. Le stock d’instruments de musique se limite à deux guitares, deux koras, deux balafons et un orgue électronique. Sachant que le Mali est très " riche " culturellement, il apparaît évident que la transmission de la culture et des enseignements artistiques n’appartient pas à l’Etat, compte tenu de ses difficultés mais repose principalement sur la sphère familiale et privée.


A Konna :


Konna est la ville d’enfance de Moctar Diakité. C’est lui qui nous a proposé d’aider son ancienne école. Située dans le bassin du Niger, dans la 5ème région administrative du Mali, celle de Mopti, Konna bénéficie du goudron depuis les années 80. Fondée par les Bozos (traditionnellement les pêcheurs au Mali), elle connaît désormais une influence majoritairement peule (éleveurs présents dans toute l’Afrique de l’Ouest). Ainsi parle-t-on plusieurs langues ; le peul, le bozo, le tamachek, le français et le bambara, etc.



Pour les ¾ de la population, la principale préoccupation reste la satisfaction des besoins alimentaires. Les récoltes ne suffisent pas et chacun doit trouver d’autres moyens de subsistance. Ce qui explique que les enfants

interrompent tôt leur scolarisation. Maintenant que nous sommes au contact de la réalité malienne, il n’est pas inutile de rappeler quelques statistiques comparées entre la France et le Mali. L’urgence d’une action en faveur des pays pauvres apparaît immédiatement en même temps que l’ampleur de la tâche.

 

MALI

FRANCE

0.222 / 1

Indice de développement Humain (idh)

0.930 / 1

159 / 1000

Mortalité infantile

7 / 1000

46 ans

Espérance de vie

77 ans

69 %

Analphabétisme

-

12.8 %

Scolarisation 12-17 ans

90 %

0.8 %

Scolarisation 3°degré

50 %

6

Livres publiés

41234

0.05 / 1000

Nombre de médecins

2.9 / 1000



Moctar Diakité a été notre intermédiaire auprès des autorités de Konna. D’abord destinée à Konna, notre action doit s’élargir aux communes voisines de Korientzé, Fatoma et Kontza, sans doute davantage nécessiteuses.

Arrivé à Konna le 18 août, nous sommes accueillis par le sous-préfet M. Olivier Traoré, le maire M. Diallo, le directeur du second cycle M. Amadou Guindo, les directeurs du premier cycle MM. Yaya Traoré et Abdoulaye Sankaré.

Nous apportons de France 550 livres scolaires, essentiellement des livres de Français et Maths provenant des collèges Victor Hugo et Lumière. Récupérés par les membres de l’association, nous avons également dans notre chargement 200 livres de poche pour la bibliothèque, une encyclopédie Larousse Alpha en 18 volumes, 12 dictionnaires, 8 atlas et 50 " beaux livres ".


Grâce aux subventions, nous avons acheté à Bamako :

-1500 cahiers,

-1000 crayons de papier,

-13 boites de craie,

-du matériel pédagogique pour les professeurs, (cf. facture en annexe).


Nous voulions en premier lieu acheter les fournitures de bases nécessaires à la rentrée des élèves, le temps d’établir un rapport de confiance. Les besoins sont nombreux et les autorités scolaires sont très demandeuses. Nous étalerons les dépenses tout au long de l’année pour éviter l’écueil principal des actions de solidarité, à savoir l’apport massif d’argent ou de fournitures sans partenariat ni suivi.

Rencontre de l’association des élèves, étudiants, ressortissants de Konna ( AEERCK).

Ses membres sont les enfants du village qui poursuivent leurs études dans les grandes villes du pays : Sikasso, Sévaré, Gao, Bamako. Rassemblés tous les étés, ils organisent des activités pour les jeunes ainsi que des pièces de théatre de sensibilisation (respect de l’environnement, scolarisation). Nous sommes partenaires de leurs projets.


Le 20 août, mise en place du bureau de l’association Sisan à Konna.

A la mairie, les représentantes de l’association des femmes, le maire, le sous-préfet, les trois directeurs de l’école ainsi que le bibliothécaire discutent avec nous des modalités de ce bureau. Une dizaine de personnes sont nommées responsables des fournitures apportées. Les autorités apportent un grand soin dans la représentation fidèle du village dans le bureau de Sisan, ainsi sont membres deux femmes, le personnel de l’école, deux élèves, deux étudiants, deux parents d’élèves.


Les directeurs de l’école de Konna attendent beaucoup de l’association Sisan. Outre l’apport de matériel scolaire, ils espèrent la mise sur pied d’un véritable jumelage entre leur école et le collège Victor Hugo. Ce projet est ambitieux, il ne pourra être réalisé que sur le long terme, si nos relations se renforcent et si nous bénéficions d’un soutien plus large en France.


A Besançon :

Au collège Victor Hugo, nous poursuivons l’échange entre les 5°2 et les enfants de N’Tominkorobougou à Bamako.

Nous mettons en place l’échange de courrier entre les 5°6 et 8 et les enfants de Konna. Les professeurs participent au travail et l’intègrent dans leur cours.

Du 17 au 22 novembre, dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale, l’association Sisan met en place au collège Victor Hugo une exposition pédagogique sur le Mali et la solidarité. Autour de photographies, cartes, instruments de musique et divers objet d’art, un petit itinéraire de découverte est proposé aux élèves. Des panneaux présentent les données géographiques et culturelles du Mali et de l’Afrique de l’Ouest et interrogent les élèves sur des questions de leur programme.

Dans la semaine du 22 Septembre, Sisan participait à la semaine d’accueil des étudiants, organisée par l’Université de Fanche-Comté, sur l’esplanade des droits de l’homme. Nous avons présenté notre action de cet été.


Dans le cadre de la semaine de la solidarité internationale, Sisan participe au forum le mardi 18 novembre au Kursaal. Nous présenterons notre activité au cours d’un diaporama commenté.

A Bamako :

En Septembre 2003, le président de l'association, Sébastien Répécaud, s'est rendu 15 jours au Mali en avion. Accueilli par Moctar Diakité et Oumou Berthé, Sebastien a pu de nouveau acheter 120 Livres d'édition malienne (Pages Africaines Vol1,2 et 3), et divers petits matériels scolaires.

Un microphone, demandé par les étudiants de l'AEERCK, amené de France par Sisan, complétait l'envoi.

Le colis a été expédié à Konna par l'entremise de citoyen de Konna en visite à Bamako. Nous avons eu confirmation de la bonne réception de ce colis par Mr Guindo.

Sébastien a eu l'honneur de rencontrer Mr le Ministre de de la Culture du Mali, M. Cheik Oumar Cissoko, au cours d'un entretien au Ministère, pour une présentation du cinéma africain et malien.

Enfin, Sebastien a participé à l'organisation d'un spectacle avec la troupe Tanably au Centre Culturel Français de Bamako.


Les projets de Sisan :


A Besançon, organisation d’une soirée à thème en partenariat avec les associations d’étudiants guinéens et sénégalais.

Poursuite de l’échange de courriers entre Victor Hugo et le Mali, 3 classes, 75 élèves français concernés.

Nous voulons organiser à Besançon des projections en plein air de films Africains en invitant les associations partenaires.


Notre prochaine initiative concerne l’Association des femmes de Badialan 1, le quartier qui nous accueillait cet été à Bamako. Ses membres ont un projet de longue date qu’elles n’ont pas encore pu financer, il s’agit pour elles de suivre un stage d’alphabétisation. Nous avons à cœur de préparer ce projet encore en gestation dans les mois à venir.

 

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Récapitulatif succinct des actions de l’association Sisan

  • Rencontre avec l’équipe pédagogique de l’école de Konna

Directeur Premier cycle A : Yaya Traoré
Premier cycle B : Abdoulaye Sankaré
Directeur Second cycle : Amadou Guindo
Mr le Bibliothécaire 

  • Visite de l’école de Konna et discussion avec l’équipe pédagogique.
  • Rencontre avec Mr le Maire et les notables de la commune de Konna
    Réception de bienvenue à la Mairie et repas africain !
  • Rencontre avec l’AEERCK, l’Association des Etudiants et Elèves Ressortissant s de la Commune de Konna
  • Rencontre avec Mr Mamadou Olel Traoré , représentant l’Association des Amis de Konna
     
  • Don de 500 manuels scolaires, 100 livres de bibliothèque, 200 romans et BD, ainsi que diverses fournitures emmenées depuis Besançon
  • Don de 1500 cahiers et crayons pour les élèves de l’école, ainsi que diverses fournitures scolaires pour les professeurs (craie, ardoisine, règles & rapporteur de tableaux, etc), achetés à Bamako.
    Montant de l’achat : 349250 FCFA (532 Eur)
  • Don ultra-symbolique de la Pelle Qui Nous A Sorti Du Desert aux étudiants de l’AEERCK


Les livres et fournitures ont été remises au directeur de l’école Mr Yaya Traoré, le lundi 18 aout 2003, en présence de tout un tas de monde : Mr le maire , Mr le sous-préfet, Mme la représentante l’association des femmes de Konna, plusieurs membres de l’AEERCK (Etudiants et Elèves Ressortissant s de la Commune de Konna), Mr Mamadou Olel Traoré , représentant l’Association des Amis de Konna, et pas mal de gosses et de jeunes de la commune.

L’école de Konna rassemble 2* 6 classes de premier cycle, et 3 classes de second cycle. Une moyenne de 80 élèves par classe, pour un total d’environ 1200 élèves.

L’école est composée de 3 bâtiments en U , dont un récent financé par le Japon. Les salles de cours, la bibliothèque et le bureau du directeur forment une grande cour avec quelques arbres. Une pompe à eau hors-service et un bloc sanitaire africain apportent un confort minimal. L’école est située à l’entrée à droite de la commune depuis le goudron (‘la route’ en françaifricain, NDT).

Les élèves proviennent de la bourgade de Konna et des hameaux alentours, jusqu'à 7-8 Km (parcourus le plus souvent à pied). Il n’y a plus de cantine à l’école.

La commune de Konna couvre un cercle d’environ 25 Km de diamètre, pour une population d’environ 30 000 habitants. Autour de la bourgade principale (8000 habitants), existent d’autres écoles, plus petites et nettement plus démunies, réparties dans les villages de brousse.
Un centre de santé principal est installé à Konna, ainsi que des centres annexes en brousses. Il y a très peu d’équipement, et peu de personnel qualifié. Les soins et médicaments sont payants, bien que vraiment très peu de gens disposent d’une assurance sociale.

L’essentiel de l’activité est agricole. Même les professeurs sont cultivateurs de riz !

Le Niger, tout proche, permet l’irrigation. La surface cultivée irriguée reste peu importante par manque de moyens ( peu de motopompes et tuyaux, pas de travaux conséquents,..)

Tous les travaux sont réalisés manuellement. L’utilisation d’engrais chimiques et organiques est pratiquée.
La culture du riz non irriguée a un rendement dérisoire (1,2 t / ha), tandis qu’on atteint difficilement 2 à 3t / ha pour une surface irriguée. Les tempêtes de poussière obligent souvent les agriculteurs à ré-ensemencer plusieurs fois. Une tonne de riz coûte environ 380 Euros.
L’élevage est principalement extensif.

Plusieurs ethnies cohabitent dans cet espace. Les Peuls, largement majoritaires, cotoîent les pêcheurs Bozos, les nomades Tamatheck, les Dogons, les Somono, les Songhaï, les Bambara. La langue de communication usuelle est le Peul. On y parle facilement français, plus rarement anglais.

Kona est jumelée avec la ville de Pace (Bretagne), qui a participé à l’équipement de l’école et de la commune. Vous pouvez souvent y rencontrer des Bretons !

L’Islam est la religion majoritaire ; les coutumes et les traditions comptent beaucoup au Mali. La morale est ‘complexe’ mais en tant que touriste on s’y sent très vite à l’aise. L’hospitalité malienne est vraiment exceptionnelle, et nous avons étés accueillis très cordialement par tous.

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Carnet de Route

BESANCON – BAMAKO – KONNA

6 JUILLET – 10 AOUT– 28 AOUT 2003

 

La route du 6 juillet au 10 août


Très vite, la France, l’Espagne…


Parti le dimanche 6 juillet à 4h du matin pour ne plus perdre une minute, nous tombons en panne à Lons-le-Saulnier ! La commande d’embrayage nous a lâché. Après de multiples réparations de fortune, nous trouvons la pièce lundi matin dans le garage Mercedes de Vienne (200 euros ! ).

A Bénicassim en Espagne, nous nous accordons une petite pause balnéaire de 24 h. De là nous roulons pendant 22 h pour arriver à Chefchaouen. Cette fois la route africaine a débuté !

CEUTA : Entre Babylone et l’Afrique.


Arrivée à 8h00 du matin, nous sommes plongés dans un épais brouillard.

L’enclave espagnole se limite à la ville de Ceuta. Zone détaxée, on imagine très vite qu’elle est le lieu de tous les trafics. La ville est sale, et l’ambiance somme toute détestable. C’est une douche froide pour notre arrivée en Afrique.

Mais y sommes-nous vraiment ?

Non, car il reste à passer la frontière, point névralgique entre l’Afrique et l’Europe.

Toujours dans le brouillard, nous passons patiemment les larges grilles et nous attendons que les douaniers s’intéressent à nous. Nous ne voulons pas hâter les choses, ainsi nous avons tout le temps d’observer la fourmilière. La douane est entièrement entourée d’un haut grillage. Sur les collines qui la bordent, des gens semblent courir. Des promeneurs ? Des clandestins qui tentent leur chance, pensant que le brouillard sera un allié suffisant. Ici ce sont bien les portes de Babylone !

On pense à la chanson de Manu Chao : Perdido en el corrazon de la grande Babylone…. No papel…

Il est clair qu’ici se jouent des drames chaque jour…


MAROC


Le Maroc s’offre à nous comme un pays très accueillant. Deux festins par jour avec brochettes, keftas, frites, tajines, pâtisseries… On fait des réserves avant le désert. La route est magnifique le long de la côte et le camion presque entièrement vitré s’impose comme le meilleur véhicule touristique.

Parti à 3 dans le camion (Sas, Simon, J-R), nous rejoignons Olivier à Tétouan, puis Brice à Casablanca pour une étape importante. Il nous faut obtenir les visas pour la Mauritanie et ajouter des lames d’amortisseurs au camion. Les formalités administratives rapidement réglées, nous nous lançons à la recherche des pièces dans la casse géante de Casa ( prononcer " la ferraille "). Dans cet univers impressionnant et sous la chaleur, Olivier, notre mécano, gère d’une main de maître l’achat, et la découpe des lames d’amortisseurs. Et c’est sur la plage à quelques km de Casablanca que nous équipons le camion.


Sur la route de Rabat :


L’autoroute qui mène à Rabat depuis Kénitra est très peu fréquentée. Elle traverse une forêt de chêne liège à l’écorce arrachée, témoin d’une activité économique traditionnelle. Les attentats du mois de mai ont marqué les esprits car il y a un policier tous les 500 m, à l’ombre des arbres de chaque coté de l’autoroute. On retrouve l’ambiance vigi-pirate très renforcé.

la grande mosquée - Casablanca


Le désert : De la frontière marocaine à Nouakchott.

Samedi 19 juillet arrivée à Dakhla : la dernière ville marocaine. Nous allons au camping afin de bien nous préparer. Nous faisons les pleins (eau 200 l., essence 150 l, nourriture 20kg de légumes). Après le dernier check-up du camion, nous cherchons des compagnons de route. Nous sommes à 377 km de la fin du goudron mais nous sommes déjà impatients de connaître les gens (et les véhicules) qui feront la route avec nous. Se préparent à partir, Duncan, l’Anglais, avec sa moto BMW, un couple d’instituteurs avec un 4X4, une bande de 505 et un C25 familial avec un nombre incalculable de passagers.


En compagnie de Duncan, nous prenons la route dimanche 20 jusqu’à la frontière du Maroc et de la Mauritanie. Au revoir le goudron et rendez-vous à Nouakchott ! Les douaniers marocains nous chargent d’une mission : accompagner une femme mauritanienne et ses deux filles. Il leur manque un papier et doivent retourner à Nouadhibou. Les deux frontières sont séparées par un no-man’s-land de 10 km. Sa réputation dit qu’il est resté miné depuis les affrontements entre les deux pays à propos du Sahara Occidental. C’est en voyant les deux carcasses de voitures qui gisent sur le bord de la piste que nous sommes convaincus.

Le premier douanier, bien que perdu dans un univers désolé, n’a pas perdu son sens de l’humour. Nous voyant tous étudiant, il demande à chacun, d’un air sévère : " Vous passez en classe supérieure ? " Condition aussi importante à ses yeux que la validité de notre visa !

Nous laissons les femmes s’entendre avec les douaniers, la nuit tombe, nous devons monter le campement.

Chaque jour les petits instants forts, " les sketchs ", se succèdent, arrivant quand on les attend le moins. Exemple, nous avons eu à peine le temps de décharger les bagages de nos auto-stoppeuses, qu’elles déclenchent une bagarre avec un quidam à propos d’un paquet de cigarettes acheté à crédit. Les insultes et les coups pleuvent, les deux gamines hurlent et tout le monde intervient pour les séparer. Whaouh ! Elle est rock’n roll la maman !


MAURITANIE


21 juillet, c’est l’anniversaire de Sas. Les véhicules rencontrés au camping de Dakhla passent la douane et forment des convois homogènes. Nous ferons le désert avec Duncan et Laurent en C25. Au moment de partir, Laurent nous avoue qu’il n’a que 40 l d’eau pour toute sa famille ! Cela promet de bons sketches ! Abdallahi, au visage de nounours, sera notre guide. Deux de ses amis, Sheyran et Sidi Ahmed nous accompagnent avec un petit 4X4 Mercedes. Nous traversons la ligne de chemin de fer Nouadhibou-Zouérat, où roule le plus long train du monde. Devant nous 200 km de désert puis 200 km de plage à marée basse. Allez en route !

désert mauritanien


Simon conduit très bien, Duncan est en pleine galère avec sa moto routière. Une petite pause à 18 h pour grignoter puis nous repartons. Nous devons dormir à l’Arbre à chameau, un campement sur la piste. La nuit est tombée, nous enchaînons les crevaisons, la fatigue se fait pesante et le contact avec les guides beaucoup plus rude. Ils nous pressent mais nous ne voulons surtout pas casser notre beau 207. A partir de là, chaque décision sera âprement négocié avec le guide, histoire de lui mettre la pression à lui aussi. Pendant ce temps, Laurent adopte une autre attitude, il admire et encense Abdallahi et lui laisse souvent son volant.

Enfin arrivé au bord de la grande dune de l’Arbre à chameau, la fatigue et la joie se mêlent ; un tajine aux légumes, le thé sur la dune, puis compétition de saut en longueur, observation des insectes inconnus… Tout va bien.

Sheyran nous réveille à 6 h du matin, il parle fort :

" Allez debout les Français. Vous savez conduire sur le goudron mais pas sur le sable. Il faut partir tôt, aujourd’hui vous allez chier du goudron ! "

Sas est au volant, nous faisons deux sauts extraordinaires, nous avons cassé les deux suspensions arrières. Les bancs de sablent de plusieurs centaines de m de long s’alternent avec les petits morceaux de dur on l’on peut reprendre de l’élan. Le C25 et le 207 s’ensablent chacun à leur tour. On change les amortisseurs avec les anciens.

Tout le monde est au top et au moindre signe de ralentissement, nous sommes prêts à sauter en route. Une fois ensablé, chacun à son poste : sortir les plaques, creuser sous les roues. On dirait l’arrêt au stand d’une formule 1. Entre 11h et 14h, c’est activité pelle pour tous, quasiment sans pause. A 16h nous arrivons à Arkeis.

Arkeis, le cap Tafarit ( Ras Tafarit ) :

Le village de pêcheurs sera notre halte. Nous profitons pleinement de la plage en cette fin d’après midi avec nos vélos (quelle bonne idée). Une touriste sort son cerf-volant et c’est un défilé de dragueurs essayant de jouer les gros bras avec ce cerf-volant géant. Mais il y a beaucoup de vent et les gringalets s’envolent ! Les deux français en BX, apparemment allergiques au soleil vu qu’ils sont tartinés de crème solaire, ressortent sablés comme des Roudor ! Quand on a ni plume ni goudron, on trouve autre chose.

Les guides essayent de nous louer la tente mauritanienne pour 10 euros ! Une fortune ! Nous refusons et nous laissons Laurent, le propriétaire du C25, négocier avec Abdallahi.

En admirant le coucher de soleil, nous préparons le repas. Le village est juste derrière une petite dune. En vélo, j’y suis en deux minutes. Le tajine aux légumes, c’est très bon, mais agrémenté d’un poisson cela sera parfait pour nous remettre de nos efforts. J’essaie en vain de faire comprendre aux enfants du village que j’aimerai échanger un poisson contre un jerricane. Finalement ils refusent mon bidon et me donnent deux beaux morceaux de poissons. Je repasse au village avec un ballon de foot, et là, tout le monde comprend.

Banc d'Arguin - Mauritanie

Les trois dunes...

23 juillet, certains disent que cette date à valeur symbolique ? ! ? ?

Le départ prévu à 8h est repoussé. Oliv intervient sur le C25, il y a de l’eau dans le réservoir ! Comment est-ce arrivé ? Peu importe, il improvise un réservoir de secours avec un bidon ( merci à la pharmacie Simonin à Besançon de la part de Laurent ). Sidi Ahmed nous explique que nous arrivons dans le passage le plus difficile, il y a trois dunes à traverser. Cela fait, nous serons sortis du désert car arrivés sur la plage. Il se fait du souci. On passe le village de Tan Illoul puis on attaque la première dune, assez plate et très longue en faux plat. On s’ensable plusieurs fois, le sol est très meuble, le camion s’enfonce profondément. Après 2, 3 ensablements bien galère, on sort de la première dune. On se repose à l’ombre d’un acacia, il y fait presque frais. Pour passer la deuxième dune, nous laissons le volant à Abdallahi, tandis que le C25 est conduit par Sheyran. A 14 h, le 207 s’enfonce d’un seul coup dans un ventre de sable mou. En panne de démarreur depuis le matin ,nous devons garder le moteur en marche coûte que coûte. Cette fois le camion est bien planté ! On n’imaginait pas ça. Le C25 est à quelques dune derrière nous, il semble avoir des soucis lui aussi. Nous mettons 6 h à sortir le camion de sa tombe ! Le C25, lui, n’ira pas plus loin, embrayage cassé. Les guides ont proposé un dépannage du C25 à hauteur de 1500 Euros. C’était sans doute négociable mais Laurent, découragé, abandonne son camion et se contente du rapatriement de sa famille avec Sheyran et son 4X4. Nous avons trouvé une plaque de dur où laisser le camion pour la nuit, c’est tout pour aujourd’hui, un tajine aux légumes et au lit !

Jeudi 24 juillet, prêt pour une nouvelle journée de pelle. Comme prévu nous roulons 100 m et on s’ensable. Puis 300 m et nouvel ensablement. On cherche le dur à vue, dune après dune. Impossible de passer par là, demi-tour. Par là non plus, de nouveau demi-tour. Sur les plaques de désensablement, imaginez la manœuvre ! On fait une pause thé entre midi et deux. Nous sommes épuisés et abrutis par la chaleur. Oliv’ fait de la reconnaissance avec la moto de Duncan. Il chute et s’ouvre méchamment le tibia. Finalement, en fonçant à travers les dunes et en tournant le volant dans tous les sens, Abdallahi trouve le passage en hurlant : " Non, je ne suis pas fou, il faut sortir de la dune ! ". " ALHAMDOULILAHI " s’écrie Sidi Ahmed, " On est sorti, bravo Abdallahi. Maintenant il reste la troisième dune. "

Celle-ci se présente immédiatement devant nous. Assez longue, avec une pente plus importante que les 2 précédentes, elle est parsemée d’arbustes et de touffes d’herbes. C’est bon signe. Nous enchaînons les virages afin de ne pas perdre trop d’élan et le 207 monte aisément la 3ème dune ! Une dernière assistance à Duncan avec notre batterie de secours, la sienne est en rade depuis le début du désert, encore un ensablement et nous arrivons à Nouamghar, le village ou débute la piste sur la plage.

En résumé on peut dire que nous avons sauvé Duncan lors de sa traversée du désert, car sans batterie et sans notre soutien, aide et traduction, il n’y serait sûrement pas parvenu. Réciproquement, nos multiples crevaisons ne nous laissaient aucune chance de finir la route, s’il n’y avait eu Duncan et sa petite boite de rustines ! Thank you lad !

Nouamghar, la plage.

Vendredi 25 juillet. A Nouamghar, nous retrouvons Laurent, dépité. D’autant plus quand nous lui apprenons que son C25 est déjà au village. La marée basse débute à 11 h, mais les coefficients sont faibles alors l’aventure n’est pas terminée. En route sur la plage, en slalomant au creux des vagues. Plus que jamais nous nous réjouissons d’être à cet endroit magnifique qu’est le mince chemin entre deux déserts. Le plus grand désert terrestre, le Sahara, et un " désert " d’eau et de sel, aussi majestueux qu’hostile. Le haut de la plage est impraticable car le sable y est trop meuble. Parfois des blocs de coquillages " soudés, entassés " forment des rochers qu’il nous faut contourner dans une gerbe d’eau, au plus creux de la vague. Mais cette fois, l’imposant bloc de coquillage ne peut-être contourné coté océan, la marée ne descendra pas assez. Nous devons monter sur le monticule, passer les ornières laissées par les autres véhicules puis redescendre assez violemment du rocher.

Après toutes les difficultés du désert, c’est un réel plaisir que de sentir le camion se déplacer rapidement et enchaîner les km, avec toujours cette tension due à la précarité de la route. A 80 km de Nouakchott, nous quittons la plage au profit de la piste. Nous tombons sur le chantier pharaonique de la route Nouakchott-Nouadhibou. Quelle évolution le jour où elle sera terminée ! Arrivés à Nouakchott, nous réglons les derniers détails avec le guide. Conscient d’avoir vécu quelque chose de très fort ensemble, mais échaudés par leur comportement ambivalent, nos sentiments à l’égard des guides sont multiples ; amertume, reconnaissance, méfiance…


SENEGAL

Carton rouge aux policiers qui nous ont tous et systématiquement tapé de l’argent ! Mais il y eut quand même quelques belles surprises…


MALI


De Kayes à Bamako :

Depuis Saint-Louis, nous sommes 7 dans le camion, avec Marylène et Jacqueline. Nous arrivons le 2 août à Kidira. Le fleuve Sénégal, marquant la frontière, sépare le village de Diboli, premier village malien. Nous avons rendez-vous à Kayes avec Moctar. Les personnes interrogées nous assurent tous que c’est le goudron qui relie Diboli à Kayes. Soit, mais après 2 km, c’est sur la tôle ondulée que nous roulons. Nous comprendrons plus tard qu’à chaque question fermée, appelant une réponse simple de type " oui ", nous l’avions. Exemple :

- " Elles est facile la route pour Kayes ?
- Oui.
- C’est du goudron ?
- Oui.
- On peut la faire avec notre camion ?
- Oui-oui. "

Frontière Sénégal - Mali

Pourquoi hésiter si c’est si simple ! Nous mettons 3 h pour faire les 100 km et nous usons un peu plus le camion sur la tôle ondulée défoncée. La piste est rouge, orange, le paysage superbe.

Moctar nous attend à l’entrée de la ville et nous emmène au camping de son ami, Diarra.

Au petit matin, le camion, garé à l’intérieur des murs du camping, est entouré d’une large mare. Il a plu 27 mm selon la radio. Cette année la saison des pluies s’annonce exceptionnelle, à l’inverse de celle de 2002, qui fut dramatiquement sèche. Le camion s’enfonce doucement dans la boue. On tente de le sortir, il avance de 30 cm et s’enfonce d’autant. Après le sable, voilà la boue. Rien à voir, c’est froid, humide, lourd, collant. Après une heure d’ingénieux efforts, le camion est sur cale. Il faudra attendre que cela sèche pour pouvoir repartir.

Voilà, le décor est planté. Il y a 600 km entre Kayes et Bamako, mais aucune route n’est praticable en saison des pluies. A nous s’offre le choix de tenter la route, sachant que si l’on tombe dans la boue, le camion et sa cargaison seront définitivement perdus, ou bien d’attendre un hypothétique train à plateau où l’on poserai le camion. OK la route est galère mais qu’en est-il des trains ? Le chef de gare est sans doute le plus à même de nous parler de la situation des chemins de fer maliens :

" Il y a un train qui arrive, mais nous ne savons pas ou il est, ni quand il arrivera. Et je ne sais pas s’il y a des plateaux pour votre véhicule. Revenez demain. "

Finalement le 4 août au soir, l’équipage, unanime, opte pour la route. Et c’est reparti !

Mardi 5 août, nous roulons un temps sur le goudron puis sur une piste vallonnée. Les paysages sont inondés et ressemblent à des canyons recouverts d’une végétation abondante, Celle-ci, humide, brille sous le soleil d’un vert étincelant ! A 11 h, une pluie diluvienne s’abat sur nous et nous contraint à nous arrêter sur un petit monticule en cailloux. La piste ressemble à un ruisseau, il tombe des cordes pendant tout l’après-midi. Nous sommes 8 dans le camion à patienter. A l’évidence, il faudra attendre que cela sèche avant de repartir.

Cette phrase sonne comme un principe de base entre Kayes et Bamako. En effet nous sommes sortis des circuits touristiques. Rares sont les toubab à s’aventurer par ici. Nous vivons la situation précaire et ordinaire du routier malien, qui pour voyager, est impérieusement soumis aux aléas du temps et de la route.

Quand la pluie s’arrête, nous faisons connaissance avec les équipages des camions arrêtés à nos cotés. Les seuls véhicules que l’on croisera sont des 4X4 et des vieux camions de type Berliet. Nous partageons la bouillie de riz, et le thé en prenant des cours de bambara, de soninké et d’arabe. Le petit village de Sagué, à 100 m de notre halte, nous découvre par l’intermédiaire de ses enfants. S’ensuit un phénomène courant quand des étrangers se dévisagent sans pouvoir échanger quelques mots ; qu’on appellera " le chouffing ". Les enfants nous observent, rigolent de nous voir pris dans un guet-apens, nous nous amusons tout autant à les regarder. Nous sommes sereins. Autant dans le désert, il ne tenait qu’à nous de pouvoir nous déplacer, autant ici nous devons rester patient. La route est encore loin d’être praticable. Un camion a voulu trop tôt forcer un passage particulièrement humide. Il s’est déporté dans les ornières et tout son coté gauche est pris par la boue.

Mercredi 6 août, le soleil darde ses rayons et fait miraculeusement sécher la piste. Plusieurs camions aident celui en mauvaise posture et la route est libérée. Nous sommes à 15 km de Sandaré. Oliv’, qui " connaît bien la boue " dit-il, nous conduit jusque là, examinant les passages hasardeux, et fonçant dans les flaques. Deux heures après, nous y sommes. Le maire de Sandaré se trouve être l’ancien instituteur de Moctar à Konna. Nous lui rendons une visite chaleureuse car nous sommes heureux de voir que petit à petit, nous arrivons à avancer sur la route de Bamako. Il nous reçoit dans la bibliothèque (sic) de l’école. C’est un local sombre, aux étagères pourvues plus de poussière que de livres. Nous commençons à entrevoir les difficultés du Mali en terme d’éducation. Nous reprenons la route. La piste, en latérite, est bien meilleure.

Jeudi 7 août, en route pour Lakamané. Nous longeons le chantier qui depuis deux ans tente de créer le goudron entre Kayes et Bamako. Les Caterpillar et les grues aménagent les " oued " en installant des ponts en ciment. Le problème reste entier. Manquant cruellement de carrières, la route ne repose que sur de la terre. Sous l’effet de l’eau, elle finit toujours par être emportée à un endroit, les ponts y compris.

Au bord d’un de ces ponts en construction, une déviation sommaire permet aux véhicules de traverser. Seulement cette fois, un camion s’est retourné en passant de nuit. Nous ne sommes pas les premiers à attendre et une longue file de camions se forme rapidement. Nous avons la journée devant nous ! Les troupeaux des Peuls poursuivent leur chemin, imperturbables, tandis que les hommes observent et commentent le nouveau chantier. La grue et le Caterpillar s’activent tranquillement. Ils sortent le camion, renforcent la déviation. Les camions passent un par un, sous les applaudissements de la foule. Arrivé à Diangouté Camara, un bourg Soninké, nous rencontrons l’instituteur. Très sympa, il nous fait visiter l’école. Ah, c’est pas facile d’être nommé en brousse. Les Soninké ne cultivent pas tous le luxe de l’école. Dépeints comme dynamiques, solidaires et aventuriers, ils n’en attendent rien. Les immigrés maliens en France sont très majoritairement Soninké. A quelques km du village, la route est coupée, emportée par les pluies.


Vendredi 8 août. La pluie nous a offert notre deuxième nuit à 8 dans le camion. Nous allons observer notre nouvel obstacle. Deux hommes du chantier sont assis sur le goudron, de l’autre coté du trou. Nous échangeons deux mots tandis que sous nos pieds la route s’effrite lentement. Nous partons à la recherche d’un contournement possible. Arrivé dans le village suivant, nous sommes stupéfaits par les dégâts. Un tiers des maisons du village ont été emportées. Personne pour porter assistance à ces pauvres habitants. Nous marchons deux heures dans les marigots, le temps de s’apercevoir que toute la zone est inondée. La pelleteuse, toujours en attente de cailloux, s’active lentement.

Samedi 9 août. Le chantier va bien trop lentement. On va tenter de passer par le village. En montant à droite, au début ça va, puis on s’enfonce irrémédiablement. Un essai, deux essais.. Oh ça va, tout le monde est crevé, il y a des scorpions dans la terre… On va attendre que le chantier avance…

Avant la nuit, la brèche est presque comblée grâce aux énormes pierres qui ont fini par arriver. Mais il manque encore un chargement au moins. Alors quand les ouvriers quittent le chantier en l’état, tous les hommes se mobilisent et décident de combler la brèche avec les moyens du bord. C’est incroyable mais au bout d’une heure d’intense labeur, le passage, quoique que aventureux, semble praticable. Le camion taxi-brousse s’y risque immédiatement et réussit, Tout le monde laisse exulter sa joie. C’est fou ce qu’une bande d’énervés peut réussir à faire. La nuit est tombée désormais, on remet une couche de cailloux et de morceaux de goudrons histoire de se rassurer puis on passe avec notre 207 ( ! ! !). Nous arrivons à Diéma avant la fermeture du maquis (bar), pour un rafraîchissement bien mérité !

Dimanche 10 août. Cette fois on voit le bout. De Diéma nous trouvons la piste en latérite, une terrible tôle ondulée mais qui nous laisse avancer. A Didiéni, victoire ! C’est le goudron ! Nous passons Kolokani, la ville de Rokya Troaré (liens vers album ou site). En fin de journée, à Badialan 1, tout la famille de Moctar est dans la rue pour nous accueillir. Ca y est, nous y sommes...

 

la suite prochainement . . .


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